Colombie : les chiffons rouges du désespoir

25.05.2020
Plataforma, l'organisation partenaire d'Action de Carême dans le département de Huila, collecte de la nourriture pour les familles dans le besoin.

En Colombie, de nombreuses familles qui n’ont plus de quoi se nourrir ont accroché des chiffons rouges à leurs fenêtres pour exprimer leur détresse et interpeller le gouvernement. D'autres protestent contre l'absence de soins de santé en suspendant des tissus blancs, alors que des militant·e·s des droits humains continuent d'être assassiné·e·s. Elsy Marulanda, coordinatrice du programme d'Action de Carême en Colombie et Alicia Medina, chargée de programme à Lucerne, résument la situation.

Le coronavirus a paralysé la Colombie. Les mesures de confinement établies par le gouvernement pour enrayer la propagation du virus ont des conséquences dramatiques dans un pays où 6 personnes sur 10 survivent grâce au travail informel. Sans le revenu quotidien ou hebdomadaire que de nombreuses familles tirent de ces activités, il n’est plus possible de se nourrir. La population démunie redoute plus la faim que le virus.

Dans les quartiers surpeuplés, il est compliqué de respecter le confinement et de maintenir un mètre de distance avec ses voisin·e·s. La propagation du virus y est donc particulièrement favorisée. De plus, le couvre-feu a entraîné une recrudescence des abus et violences faites aux femmes : les appels à l’aide ont augmenté de près de 80 %. Pour contrer cette autre épidémie, aucune mesure de prévention n’a été mise en place.

Précarité du système de santé et de l’approvisionnement en denrées alimentaires

Dans certaines régions, d’autres maladies frappent la population. C’est le cas dans le département de Caquetá, zone de projet d’Action de Carême, où la dengue fait des ravages. Le système de santé, en particulier dans les zones rurales, n’est pas assez solide pour faire face à la pandémie de coronavirus ou aux autres maladies. Le personnel médical, qui manque du matériel le plus élémentaire pour se protéger et ne perçoit plus son salaire, démissionne.

Les mesures économiques prises par le gouvernement profitent principalement aux banques et aux grandes entreprises. L’aide allouée au secteur agricole est destinée en priorité aux exploitations agro-industrielles et seule une infime part est versée aux familles paysannes qui en ont le plus besoin. Le prix des denrées alimentaires a augmenté, alors que parallèlement les agriculteurs et agricultrices peinent à écouler leur production. Les participant·e·s aux projets d’Atucsara, organisation partenaire d’Action de Carême, fournissent à l’Université de Cauca les fruits de leurs chontaduros (pêchers), qu’elles n’ont pas pu vendre. Cette dernière les transforme ensuite en farine, qu’elle distribue aux familles touchées par la pandémie.

Le gouvernement et les entreprises ne tiennent pas compte des droits humains

Pendant l’état d’urgence, de nombreux décrets, qui n’ont pas pu être contrôlés par la société civile, ont été adoptés par le gouvernement. Les permis environnementaux pour les projets d’extraction de matières premières ont été délivrés plus rapidement, par exemple. La population, directement impactée par ces projets, n’a pas eu droit à la parole.

En raison du couvre-feu, le peuple colombien ne peut actuellement pas protester. Le gouvernement en profite donc également pour réintroduire des mesures telles que la pulvérisation aérienne de glyphosate. Lorsque le vent souffle, le désherbant toxique se répand aussi dans les champs avoisinants appartenant à des petits agriculteurs et agricultrices. Cela met en danger non seulement la production alimentaire des familles touchées, mais également leurs revenus.

L’assassinat des militant·e·s se poursuit

Il existe une autre pandémie qui ne reçoit que peu d’attention de la part de l’opinion publique mondiale et contre laquelle le gouvernement ne prend pas non plus de mesures efficaces : l’assassinat de dirigeants politiquement et socialement engagés. Des hommes et des femmes qui élèvent la voix pour défendre leurs droits et ceux de tous les Colombien·ne·s. Des militant·e·s qui ont choisi de protéger la vie et la nature plutôt que des intérêts économiques. Indepaz, l’Institut d’études pour le développement et la paix, rapporte qu’au moins 95 personnes ont été assassinées en Colombie entre le 1er janvier et le 5 mai de cette année. Selon les médias, 19 personnes ont été tuées depuis le 23 mars, malgré le couvre-feu. Le département de Cauca, où travaillent nos organisations partenaires Atucsara, Censat et Semillas de Agua, est le plus touché.

La crise du coronavirus en Colombie a mis en relief une situation qui était déjà problématique avant le début de la pandémie. La majorité de la population colombienne, qui souffrait déjà de violations massives des droits humains, continue d’être confrontée à des défis de taille.

Au 18 mai 2020, 15 574 infections et 574 décès ont été confirmés en Colombie. La courbe semble maintenant s’aplatir.

Action de Carême prévoit de continuer à soutenir ses organisations partenaires, dans la mesure prévue, dans ses 14 pays d’intervention, afin qu’elles ne soient pas contraintes de licencier du personnel et qu’elles puissent adapter leur travail aux circonstances. Cet appui est particulièrement nécessaire au Brésil. Vous en saurez davantage ici sur les projets d’Action de Carême en Colombie.

 

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Janneth Lozano de l'organisation partenaire Codacop.

Extrait d’un courrier de Janneth Lozano B, directrice de l’organisation partenaire Codacop

« Aux allié·e·s que nous rencontrons dans la lutte pour un monde meilleur, dans la justice et l’égalité pour toutes et tous, notre chaleureuse et solidaire étreinte. »

(…)

« Nous utilisons ce temps pour faire avancer des tâches qui avaient été reportées. Nous nous réunissons virtuellement et avons élaboré des plans de travail. Nous promouvons des actions de prévention, des campagnes de non-violence, des actions de solidarité et nous nous soucions du bien-être de notre entourage.

Nous sommes toujours inquiets de savoir combien de temps cette situation va-t-elle durer et quel impact cela aura sur le déroulement de nos projets ainsi que le travail de coopération. Nous partons du principe que lorsque ce cauchemar sera terminé, rien ne sera plus comme avant ; nous nous préparons à réfléchir ensemble à des alternatives et à des moyens de travailler ensemble…

Nous suivons de près les nouvelles du monde entier et nous recueillons dans la prière pour que le soleil brille à nouveau pour tous les peuples ».