Guatemala : on craint la faim plus que le risque d’infection

15.04.2020
Ines Pérez und Yojana Miner

Inés Pérez Hernández et Yojana Miner, les coordinatrices de notre programme au Guatemala, nous informent régulièrement de la crise de coronavirus dans le pays. Sur le long terme, elles craignent des conséquences néfastes pour la population indigène.

« L’économie informelle est au point mort. C’est difficile pour ceux qui vivent au jour le jour. On s’inquiète beaucoup de la manière dont on peut se procurer de la nourriture lorsque les gens ne sont pas autorisés à quitter leur maison et qu’il n’y a pas de ressources financières.

Les transferts d’argent destinés aux familles qui ont des parents aux États-Unis ou dans d’autres pays ne fonctionnent plus correctement, car les banques ont cessé 75 % de leurs services. Nous craignons une augmentation importante des problèmes liés au manque de nourriture et à la malnutrition. Environ 60 % de la population vit déjà en dessous du seuil de pauvreté.

La population rurale et indigène, notre principal groupe cible dans les projets, sera particulièrement touchée et cette crise leur laissera probablement de profondes cicatrices. Les organisations partenaires d’Action de Carême ont dû réduire une grande partie de leurs activités en raison de l’interdiction de rassemblement. Cependant, elles utilisent des canaux de communication alternatifs tels que le téléphone et les médias sociaux, et informent les personnes participant aux projets sur la manière dont elles peuvent se protéger.

Nous travaillons nous-mêmes à domicile depuis la mi-mars et sommes en contact permanent avec les organisations partenaires, que nous soutenons du mieux que nous pouvons. Nous espérons que, entre octobre et décembre, le retard sur les activités prévues au sein des projets pourra être rattrapé.

La pression du gouvernement sur la société civile se poursuit

Le fait que le Congrès n’ait pas encore cessé de fonctionner pourrait constituer un risque majeur, car des lois qui violent les droits de la population pourraient être adoptées pendant les couvre-feux. Nous espérons que la loi sur les organisations non gouvernementales, qui restreindrait fortement nos possibilités de travail, ne sera pas traitée maintenant.

Au Guatemala, la disponibilité de la nourriture et son accès sont les défis centraux de cette crise. Cela montre une fois de plus combien il est important de mettre l’accent sur le droit à l’alimentation et combien il est nécessaire de tenir compte des préoccupations de la population rurale et indigène. Notre programme au Guatemala s’inscrit dans cette vision. »

Inés Pérez, coordinatrice du programme œcuménique au Guatemala.

Action de Carême prévoit de continuer à soutenir ses organisations partenaires dans les 14 pays dans la même mesure, afin qu’elles ne soient pas contraintes de licencier du personnel et qu’elles puissent adapter leur travail aux circonstances actuelles.

Chaque don nous aidera à soutenir ce travail et à le poursuivre. Vous trouverez ici de plus amples informations sur le programme d’Action de Carême au Guatemala.

 

Präsident von Guatemala, Alejandro Giammattei

L'évolution de la crise de coronavirus au Guatemala

Le 13 mars, le président Giammattei annonce le premier cas de coronavirus du pays, un Guatémaltèque venu d’Italie. Dès le 16 mars, toutes les écoles sont fermées et d’autres mesures sont annoncées :

  • Les frontières terrestres, aériennes et maritimes sont fermées et l’entrée des étrangers au Guatemala est interdite.
  • Plus de rassemblements de plus de trois personnes. Les processions de Pâques sont annulées.
  • Le couvre-feu est décrété entre 16h et 4h.
  • Les transports publics sont suspendus.
  • Les centres commerciaux sont fermés, de même que les bars, les clubs et les restaurants. Les exceptions sont les pharmacies, les stations d’essence et les services de base.
  • Les personnes de plus de 60 ans, les personnes à risque et les femmes enceintes n’ont pas le droit de sortir de chez elles.

Ce règlement s’applique provisoirement jusqu’au 20 avril, les écoles restant fermées jusqu’à la fin du mois. Quiconque ne respecte pas le couvre-feu ou enfreint d’autres règles s’expose à des sanctions très sévères : des amendes s’élevant au minimum à l’équivalent de 850 francs ou l’emprisonnement jusqu’à 6 ans. Ces mesures touchent particulièrement les personnes qui travaillent dans le secteur informel et qui ne peuvent pas respecter le couvre-feu.

Avant Pâques, les mesures ont été renforcées davantage. Tout voyage à l’intérieur du pays est interdit. Dans le même temps, le président a promis de mettre à disposition 11 milliards de quetzales, soit environ 1,35 milliard de francs suisses. 2 millions de familles vont recevoir 1000 quetzales, soit environ 120 francs suisses, pour trois mois chacune. La question de savoir si et comment cela sera mis en œuvre reste ouverte. Le problème de la violence domestique a également été soulevé et les femmes ont été invitées à se manifester si elles en étaient victimes.

Le 8 avril, le gouvernement a indiqué qu’une vingtaine de cas d’infection s’ajoutent chaque jour et que 11 000 personnes ont été mises en quarantaine. Sachant parfaitement que le système de santé n’est pas préparé à une telle crise, le président a menacé de ne retirer les mesures de prévention que si les nouvelles infections étaient inférieures à 12 par jour. Le bilan au 12 avril fait état de 156 personnes infectées, parmi lesquelles 5 sont décédées et 19 sont considérées comme guéries.

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