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Communiqué de presse

De l’or d’origine douteuse acheté par une raffinerie suisse !

10.09.2019

Lausanne, le 10 septembre 2019 - Blanchiment d’argent, enrichissement illégitime et association criminelle, tels sont les graves chefs d’accusation qui pèsent sur le fournisseur d’or colombien C.I.J. Gutiérrez et qui ont mené à l’arrestation de ses principaux dirigeants. La Suisse est éclaboussée par cette affaire : de 2009 à 2018, la raffinerie Argor Heraeus de Mendrisio a acheté entre cinq et neuf tonnes d’or par an à ce négociant colombien. Preuve, s’il en fallait encore, de la nécessité de l’initiative pour des multinationales responsables, que le Conseil des États examinera une nouvelle fois à la fin septembre.

Le ministère public colombien reproche au principal exportateur d’or du pays d’avoir mis sur pied un réseau de fournisseurs écran afin de blanchir de l’or extrait et commercialisé illégalement et de l’exporter légalement. Dans ce but, la société C.I.J. Gutiérrez se serait servie d’orpailleurs : elle aurait usurpé l’identité de certains d’entre eux, y compris de personnes décédées, et aurait utilisé des noms fictifs. Cette entreprise aurait ainsi pu déclarer comme or légal extrait par des orpailleurs du minerai obtenu en fait illégalement au moyen de machines de chantier.

Or, l’utilisation d’excavatrices et de dragues flottantes détruit forêts et cours d’eau, favorise l’érosion et envase les rivières. Quant au mercure utilisé pour extraire le métal précieux, il pollue rivières et sols, anéantissant ainsi les moyens de subsistance des riverains. Une grande partie de cet or est utilisé pour blanchir les bénéfices du trafic de stupéfiants ou pour financer des groupes armés hors la loi.

Les chefs d’accusation sont si graves que, en avril dernier, l’État colombien a arrêté le directeur, d’autres cadres supérieurs et des fournisseurs, placé le siège de l’entreprise à Medellín sous administration judiciaire et mis les stocks d’or sous séquestre. En raison des irrégularités commises dans l’indication de la provenance, les autorités douanières et fiscales de Colombie ont annulé avec effet rétroactif, au début 2019 déjà, les autorisations délivrées à quatre livraisons effectuées en 2016 par C.I.J. Gutiérrez, dont deux avaient pour destination Argor Heraeus à Mendrisio.

Argor Heraeus : une responsabilité sociale mise en exergue

Selon son code de conduite, Argor Heraeus attache beaucoup d’importance à la lutte contre la concurrence déloyale, la corruption, le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, ainsi qu’à la protection de l’environnement et à la préservation des ressources naturelles. La société mentionne aussi sur son site internet que le respect des droits humains universels fait partie de ses valeurs fondamentales. Or, comment les dirigeants d’Argor Heraeus peuvent-ils assurer qu’ils n’importent pas d’or illégal s’ils se procurent du minerai auprès d’un fournisseur douteux dont les directeurs sont derrière les barreaux ?

Déjà dans son Rapport sur le commerce de l’or et les droits de l’homme, publié en 2018, le Conseil fédéral n’excluait pas la possibilité que « de l’or produit en violation des droits de l’homme soit importé en Suisse ». Néanmoins, le Conseil fédéral persiste à miser sur des mesures volontaires. L’incohérence de la politique suisse est aussi regrettable : d’une part, notre pays soutient la promotion de la paix en Colombie, d’autre part, il refuse d’introduire une obligation de diligence qui entraverait le financement de groupes armés.

Action de Carême et le groupe de travail Suisse-Colombie (ask!) exigent qu’Argor Heraeus effectue une diligence raisonnable sur ses relations d’affaires, que ses vérifications soient rendues transparentes et que la société adopte des mesures efficaces afin de prévenir toute violation des droits humains et toute destruction de l’environnement. Les abus commis en Colombie montrent on ne peut plus clairement qu’il faut, en Suisse, des règles contraignantes, comme le demande l’initiative pour des multinationales responsables.

Renseignements :

Français

François Mercier, responsable Matières premières et droits humains, Action de Carême, 041 227 59 79

Allemand

Daniel Hostettler, responsable Programmes internationaux, Action de Carême, 041 227 59 41 / 079 862 43 91

Stephan Suhner, secrétaire de ask!, 079 409 10 12