Une Journée mondiale de l’alimentation consacrée à l’agroécologie

24.10.2019

En vogue depuis le mouvement des grèves pour climat, la nécessité d’un changement de système a été au centre de la Journée de l’alimentation organisée à la Haute école spécialisée bernoise de Zollikofen et axée sur la transformation du système agricole vers davantage de diversité, une alimentation plus saine, un impact réduit sur l’environnement et la conversion aux techniques de culture agroécologiques. Lors de la table ronde de l’événement, Action de Carême était représentée par Simon Degelo, responsable Agroécologie.

Disparition des espèces, appauvrissement des sols, pollution de l’eau, déboisement et déplacement de la population rurale ne sont que quelques-uns des symptômes de l’échec du système agricole actuel, dont le changement est urgent. L’industrialisation de l’agriculture a abouti à un modèle intensif de production d’aliments, encouragé par des multinationales qui promeuvent l’utilisation à outrance de leurs intrants (pesticides chimiques, engrais de synthèse, semences brevetées, fourrages composés, engins agricoles, antibiotiques, etc.) pour maximiser la production d’aliments, sans se soucier le moins du monde des conséquences et des risques d’une approche qui n’empêche pas que plus de 820 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde. Les changements climatiques ne font qu’aggraver cette situation, de sorte que le nombre de victimes de la malnutrition ou de la sous-alimentation pourrait être revu à la hausse. En même temps, toujours plus de personnes sont en surcharge pondérale et présentent des carences alimentaires, en raison de leur régime alimentaire déséquilibré à base d’aliments raffinés, de fast food, de protéines animales et de boissons sucrées. Tous ces produits proviennent d’une agriculture industrialisée à fort impact sur l’environnement.

Changer le système agricole

« Ils le font parce que c’est rentable. Nous devons tout faire pour que cela cesse de l’être. » Silvia Lieberherr, de Pain pour le prochain, n’a pas mâché ses mots durant son exposé qui a enthousiasmé le public. L’expansion des techniques de culture agroécologiques ira de pair avec la disparition des pesticides chimiques et des engrais de synthèse. Les semences mises de côté lors de la récolte seront utilisées pour la prochaine période de semis et la santé des animaux d’élevage s’améliorera grâce à des aliments et à des conditions garantissant leur bien-être. La diversité remplacera les monocultures, améliorant ainsi l’alimentation.

Professeur émérite d’utilisation rationnelle des ressources à l’Université de Berne, Hans Hurni a affirmé qu’un changement est absolument nécessaire face à la crise climatique, pas seulement dans l’agriculture, mais aussi dans nos habitudes alimentaires. Cela passe obligatoirement par la réduction de la consommation d’aliments d’origine animale, responsable de l’émission d’énormes quantités de gaz à effet de serre. Il faut aussi veiller à garantir la cohérence des politiques publiques afin d’appliquer de façon efficiente et à grande échelle les solutions déjà existantes. « Il n’est plus tolérable que les décisions découlant des politiques environnementale, agricole, extérieure ou sanitaire soient contradictoires », a insisté le Pr. Urs Niggli, directeur de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL).

Pour Simon Degelo, d’Action de Carême, l’agroécologie met en pratique des méthodes en harmonie avec une planète aux ressources limitées, tout en dépassant le cadre de l’écologie. « Loin de se borner à la culture biologique, l’agroécologie est aussi un mouvement social qui défend les droits des paysannes et des paysans dans le monde entier », a-t-il précisé, avant de montrer sa mise en œuvre dans les projets d’Action de Carême et comment les bénéficiaires et leurs familles en tirent parti. Son succès dépend de l’existence de certaines conditions : la répartition équitable du sol, l’accès sans restrictions aux connaissances et aux semences et la réorientation de la recherche pour la mettre au service des personnes et de l’environnement plutôt qu’au profit des multinationales. Nous sommes encore loin du stade où nous devrions nous réunir pour réaliser ce changement de système aux quatre coins du monde.

L’agroécologie, ça marche

« L’agroécologie est une démarche d’apprentissage sociale et écologique, qui n’est pas encore régie par des dispositions légales, contrairement à l’agriculture biologique. Grâce à cette ouverture, elle devrait accompagner – plutôt qu’exclure – de nouvelles technologies afin de s’assurer qu’elles vont dans le bon sens », a ajouté Urs Niggli. Et ça marche, comme l’a confirmé, dans un exposé passionnant, Aïssé Barry de Swissaid. Dans son pays d’origine, la Guinée-Bissau, les techniques agroécologiques garantissent aux familles paysannes une alimentation variée et se propagent rapidement en raison de leur succès. Elle a ajouté, un sourire de satisfaction aux lèvres, que son pays était heureusement trop petit pour attiser la convoitise de l’industrie agrochimique.

Les groupes de discussion mis en place, lors de la dernière partie de la journée, ont exploré des pistes permettant de transformer l’agriculture et la société grâce à l’agroécologie. Ils ont ainsi formulé diverses revendications, demandant, par exemple, au monde politique d’élaborer une stratégie d’alimentation durable pour la Suisse, et aux entreprises de faire preuve de transparence tout au long de la chaîne de production des aliments. La Confédération est ainsi invitée à lier davantage les paiements directs agricoles à des critères écologiques et à explorer de nouvelles méthodes de conseil et d’accompagnement agricole. Les techniques agroécologiques requièrent un certain nombre de connaissances. L’éducation a, elle aussi, un effort à fournir et doit accorder davantage de place à l’alimentation. En dernier lieu, les participant·e·s s’adressent à la société entière en l’appelant à consommer moins mais mieux, et à utiliser les instruments démocratiques pour parvenir à un changement.

Cette rencontre à la fois stimulante et captivante a attiré plus de 150 personnes à la Haute école spécialisée bernoise d’agriculture et de sylviculture, malgré le beau temps automnal.

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Texte: Marcel Anderegg, Photos: Nathalie Oberson