Le Conseil fédéral a décidé de réduire les moyens consacrés à la coopération internationale en procédant à des coupes budgétaires et en réaffectant une partie des fonds à l’aide d’urgence. Résultat : près d’un franc sur quatre disparaît. Le conseiller fédéral Ignazio Cassis justifie cette décision par la nécessité de faire des économies et renvoie aux réductions opérées dans des pays comme les États-Unis ou l’Allemagne. Pourtant, la Suisse ne fait face à aucune pression financière particulière : les finances fédérales sont saines et le pays affiche l’un des taux d’endettement les plus faibles au monde.
Cette décision du Conseil fédéral est doublement préjudiciable. Elle touche d’abord les populations les plus démunies ainsi que les actrices et acteurs locaux du Sud global qui luttent contre la pauvreté et œuvrent à des changements durables. Elle risque aussi d’affecter le travail d’organisations suisses comme Action de Carême, qui misent sur l’aide à l’autonomie et accompagnent les personnes concernées sur le long terme afin qu’elles puissent surmonter durablement la faim et la pauvreté par leurs propres moyens.
À propos de Josef Stübi
Josef Stübi (65 ans) préside le Conseil de fondation d’Action de Carême depuis février 2024. Évêque auxiliaire du diocèse de Bâle, il a été pendant de nombreuses années curé de la ville de Baden (AG) et exerce un ministère pastoral depuis 1987. Il vit à Soleure. Dans les grands diocèses, les évêques auxiliaires épaulent l’évêque diocésain dans l’exercice de sa mission. Ils le représentent notamment lors de célébrations, de confirmations ou au sein de différentes instances de l’Église.

Les régions où Action de Carême est active sont régulièrement touchées par des catastrophes naturelles. En juin encore, un violent séisme a frappé les Philippines.
Prévenir plutôt que réparer
Les faits le montrent : prévenir est plus efficace et moins coûteux que réparer. Cela vaut aussi pour la coopération internationale. Face à la multiplication des crises et des catastrophes, renforcer l’aide d’urgence peut sembler judicieux à court terme. Mais si, dans le même temps, les mesures de prévention sont affaiblies, les besoins humanitaires ne feront qu’augmenter. Les catastrophes le démontrent sans cesse : la coopération internationale à long terme met en place les structures qui permettent aux communautés de mieux faire face aux crises.
En réduisant ces moyens, le Conseil fédéral affaiblit précisément cette prévention et, avec elle, la lutte contre les causes de la faim et de la pauvreté. Or cet objectif est inscrit dans la loi fédérale sur la coopération internationale : « La coopération internationale soutient les pays partenaires dans leurs efforts pour améliorer les conditions de vie de leur population. Elle contribue à leur permettre de poursuivre leur développement par leurs propres moyens et vise, à long terme, un meilleur équilibre au sein de la communauté internationale. »
Les évêques suisses s’opposent aux coupes budgétaires
En 2024 déjà, les évêques suisses soulignaient : « Nous sommes convaincus que la Suisse a besoin d’une coopération internationale forte. Réduire notre engagement aurait des conséquences disproportionnées pour les populations les plus démunies et les plus vulnérables. Les responsables politiques, les organisations d’entraide, les Églises et la société civile doivent unir leurs efforts en leur faveur. » Pour que cet engagement puisse se poursuivre, il faut un soutien politique et des moyens suffisants. Or le changement de cap engagé aujourd’hui va dans la direction opposée.
Ces dernières coupes ne sont d’ailleurs pas un cas isolé. Les mesures d’économie adoptées ces derniers mois et ces dernières années ont déjà affaibli la coopération internationale. Face aux crises mondiales qui se multiplient, il faudrait au contraire renforcer les moyens disponibles afin de réduire les situations de détresse et de promouvoir une plus grande justice sociale. Il appartient désormais au Conseil fédéral et au Parlement de veiller à ce que la Suisse reste fidèle à sa tradition de solidarité, non seulement dans ses discours, mais aussi dans ses actes.


