Un mouvement citoyen amorce le changement

15.12.2016

Partout dans le monde, des initiatives de transition vers une société plus écologique et sociale émergent. Mais pour changer le monde, il faut aussi une transition intérieure, à savoir spirituelle. Cette transition est le thème du magazine Perspectives de décembre 2016, que vous pouvez consulter ici

« La transition écologique est une nécessité. Elle est appelée par tout une série de faits indé­niables, liés à l’état de plus en plus alarmant des écosystèmes terrestres », déclare Christian Arnsperger, professeur d’économie à l’Université de Lausanne, dans un livre à paraître en fin d’année, L’âge de la transition. Ce titre exprime bien la résonance nouvelle du mot « transition », due notamment à une initiative anglaise lancée en 2006 par un enseignant en permaculture, Rob Hopkins, en réponse aux conséquences du pic pétrolier et du réchauffement climatique. Il en a résulté le mouvement des « Villes en transition », qui réunit quelque 2000 initiatives dans une cinquantaine de pays, dont la Suisse.

Construire la résilience

L’objectif de ce mouvement est de construire des territoires locaux (villes, quartiers, villages…) « ré­silients », c’est-à-dire capables de résister aux effondrements écologiques et sociaux qui menacent, mais aussi de « transiter » vers des sociétés post-carbone, respectueuses des limites de la biosphère, de la justice globale et des droits des générations futures. Un cas célèbre de résilience est Detroit (USA), vidée de plus de la moitié de sa population par la crise de l’industrie automobile. Aujourd’hui, des femmes et des hommes la font renaître de ses cendres, à travers des programmes couplant agriculture urbaine, alimentation saine, éducation et reforestation.

Le but n’est pas seulement de faire pousser des légumes et des arbres, mais de reconstituer un tissu communautaire où les habitants – à grande majorité pauvres et afro-américains – pourront reprendre leur destin en mains. Cet exemple est symptomatique des innombrables initiatives qui portent en germe la société de demain et sont en train de fleurir aux quatre coins du monde. Au Nord, mais aussi au Sud, par exemple dans des programmes de développement soutenus par Action de Carême et Pain pour le prochain, qui visent la promotion de l’agroécologie, la réappropriation des semences par les paysans et paysannes ou les groupes d’épargne villageois.

Local, participatif et positif

Popularisées par le film Demain, véritable phénomène de société avec plus d’un million de spectateurs, ces émergences touchent de nombreux domaines : agriculture de proximité, énergies renouvelables, monnaies locales complémentaires, nouvelles formes d’éducation, indicateurs de bien-être alternatifs au PIB comme celui du Bhoutan, etc. Plusieurs initiatives existent en Suisse comme la monnaie Lé­man, le réseau d’agriculture urbaine de Bâle ou encore l’espace d’échange de biens sur le campus de l’Université de Lausanne. La Revue Durable a créé en mars dernier l’association Artisans de la transition, pour promouvoir les actions citoyennes dans le domaine de l’énergie.

Dans leur grande diversité, ces initiatives transitionnelles obéissent aux mêmes principes : un ancrage local, car c’est le niveau où les gens peuvent géné­rer des solutions adaptées à leur réalité ; une approche participative et par le bas, car il convient de (re)donner à chaque personne la capacité de codécider et d’agir ; le renforcement des liens de solidarité et de coopération entre l’ensemble des acteurs en quête de sens et de changement ; la volonté de lutter « pour » et pas seulement « contre », car « résister c’est créer ».

Nécessité d’une transformation intérieure

L’une des forces du mouvement de la transition, c’est qu’il repose sur un récit cohérent et positif, un imaginaire porteur d’espé­rance et capable de susciter le désir de s’engager pour un vivre ensemble ré-harmonisé avec les autres et la Terre. Pour accomplir son potentiel, le mouvement de la transition – encore très minoritaire – a cependant plusieurs dé­fis à relever, en particulier fédé­rer les initiatives et développer des synergies pour accroître leur impact, améliorer les conditions structurelles et légales nécessaires à son déploiement, obtenir la reconnaissance et le soutien des pouvoirs publics. Une autre exigence est la place donnée à la transformation inté­rieure, spirituelle.

Transition vient du latin « trans-ire » qui signifie « aller au-delà ». En l’occurrence, au-delà du système de valeurs et de la vision du monde qui sous-tend le modèle productiviste et consumériste ; au-delà des sentiments d’impuissance et de découragement si répandus dans notre société ; au-delà des luttes d’ego et de pouvoir qui – faute d’instruments de gouvernance adéquats – peuvent miner les meilleures initiatives. Respecter la nature, c’est cesser de la voir comme un stock de ressources et la recevoir comme un système vivant dont nous dépendons. Adopter la sobriété heureuse chère à Pierre Rabhi (et à l’évangile) comme mode de vie, c’est immanquablement opérer un travail intérieur sur son désir et son idéal d’accomplissement humain. — Michel Egger

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